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LITTERATURA Nº1

12.00

Deux grands invités accompagnent cette première : Francesca Serra et Julien Battesti, qui se livrent en interview, et en profondeur, sur leurs livres Elle a menti pour les ailes et L’imitation de Bartleby, tous deux distingués à leur sortie.

Autre invité d’honneur de ce premier numéro : le réalisateur Antoine Germa, qui offre un grand dossier d’analyse sur l’œuvre de l’écrivain soviétique Vassili Grossman.

Les bonnes pages de trois livres, publiés en 2022 aux nouvelles Editions Òmara, sont aussi proposées au public ; il s’agit de la Vertu des paysans, de Jean-François Rosecchi, Da Parighji sin’à tè, de Philippa Santoni, et d’Utah, de Nicolas Rey.

S’ajoutent à ces morceaux de choix les articles, chroniques ou nouvelles, en langues française ou corse, de contributeurs issus de Libri Mondi, A Scola di Zia Peppa, Kimamori ou Tonu è Timpesta. Enfin, la parole est aussi donnée à des éditeurs (Albiana, Editions Eoliennes) et des libraires (Librairie Grand Sud, A Piuma Lesta) qui nous font part de leurs coups de cœur.

Mangeurs de Monde

20.00

Qu’ils soient nisenans vivant sur les bords de la Mokelumne, que l’on nommera bientôt l’American River, ou maoris défendant les rivages d’un territoire qu’ils appellent depuis toujours Aotearoa, les habitants de ce monde sont tous à l’aube de la grande confrontation, celle qui voit surgir les dévoreurs de leur univers. Car dans ce recueil de nouvelles, il est question de ça : survient inéluctablement une puissance prédatrice, une force qui, parée de son implacable supériorité, engloutit, ravage ou assimile ce qui la précédait. Des confins des colonies portugaises d’Afrique aux frontières fermées du Japon shogunal, Jean-Michel Neri nous mène ainsi, un conte après l’autre, et maniant sans manichéisme l’art de la parabole, sur les lieux de ces fracas immuables. Et il tisse radicalement sa poétique, entre oppression aveugle et résistance obstinée, dans une version bilingue qui semble défier, à sa manière, la voracité des Mangeurs de monde.

Dans le flot des rivières

18.00

Il s’appelle Gabriel Ansaldi, et la parole qui est la sienne est plutôt celle d’un archange déchu. Car le flot qui l’a emporté n’est pas celui des torrents de montagne qui nourrissaient l’imaginaire de sa première innocence, mais celui d’une mémoire tue qui surgira avec la force radicale d’une dévastation.

Ainsi Gabriel a-t-il grandi, au cœur de la vieille société villageoise, nourrissant son militantisme adolescent de la noblesse des mythes. Et vénérant des icônes dont, peut-être, il n’a pas su déchiffrer le message. Il y a en tout premier lieu sa grand-mère, qui le voudrait homme de savoir. Il y a aussi son grand-oncle, le berger que l’on nomme Second, et dont il espère prendre la suite. Mais ces modèles, austères et bienveillants, ont-ils eu eux-mêmes le choix de leur destinée ?

Interrogeant le passé des siens, souffrant leurs vies, le narrateur affronte alors des démons à la trivialité sordide, et qui semblent tout autant incarner l’histoire non écrite du sol natal que son inéluctable déclin.

Utah

22.00

Utah est un recueil de 10 nouvelles dans le plus pur style de la littérature américaine liée au réalisme moderne ou à ce que l’on qualifie « d’école du Montana ».

Mais avec cette singularité que l’ouvrage est rédigé par un jeune auteur corse passionné de littérature et de grands espaces, et nourri par un imaginaire cinématographique ou romanesque dont l’influence anglo-saxonne est incontestable. Ainsi suit-on, de l’Irlande de la grande famine au Nouveau-Mexique de la première période post-hispanique, les pérégrinations le plus souvent tragiques de protagonistes happés froidement par une cruelle fatalité. Ce sera le cas des indiens massacrés de la nouvelle Le Massacre de Sand Creek, ou encore de la célèbre Paula Angel, qui fut pendue à Las Vegas en 1861.

Nicolas Rey nous entraine aussi dans l’Amérique de la ségrégation, avec Abigail, ou à la suite d’un vaquero rattrapé par un destin inéluctable au cœur des Grandes Plaines. Par endroit rôde également un tueur psychopathe, comme dans l’ambiance glaciale de la première nouvelle, qui donne son titre au recueil, et où les mythes libertaires des années 60 sont taillés en pièces.

Un premier recueil étincelant, entre Cormac McCarthy et les frères Coen.

Da Parighji sin’à tè

22.00

Da Parighji sin’à tè raconte l’histoire d’un amour dévastateur entre deux jeunes femmes. La première est la narratrice, qui s’exprime tout au long du texte et s’adresse tantôt au lecteur, tantôt à sa bien-aimée qu’elle nomme Lilina.

Par instants, le roman devient épistolaire, et la narration prend la forme de lettres ou de poèmes que le personnage principal adresse à sa désespérante amoureuse. La trame se déroule entre Ajaccio, où réside la narratrice, et Paris, où vit Lilina, mais l’histoire personnelle prend aussi les accents d’une confrontation identitaire qui ne dit pas son nom. L’incompréhension n’est pas seulement ici celle des sentiments, elle est aussi subtilement celle des codes et des modes de vie.

Mais au-delà du cas singulier de Lilina et de son interlocutrice désenchantée, le récit est surtout une évocation pertinente de l’amour, dont les aspects furieux et passionnels, voire les mystères de l’attirance, restent à jamais insondables. Le texte, truffé d’érudition, marqué par un style oscillant entre la sophistication et un langage cru de situation, est d’une originalité remarquable dans le contexte littéraire insulaire.

La Vertu des Paysans

22.00

La Vertu des paysans est un roman crépusculaire, tant par le style que par la thématique abordée. Il y est question d’un narrateur qui, à cheval entre plusieurs périodes (des années 70 à un aujourd’hui fictif) assiste à ce qui lui semble être la déchéance du monde.

Ce narrateur – non nommé – ne quitte que rarement son statut de pur témoin, voire de chroniqueur à la Sebald lorsque ses pas le mènent en Corse au moment des guerres entre nationalistes. Mais l’essentiel de l’histoire – des histoires – se déroule en Italie, et se situe entre les années de plombs – où l’on retrouve la sombre épopée criminelle du groupe Ludwig – et la décrépitude urbaine des années 2000, marquées aussi par la violence des faits divers.

Le héros, sorte de dandy désabusé et fataliste, assiste impuissant au déchainement de mort et d’anéantissement qui semble s’abattre sur tous les personnages qu’il croise, notamment le très classique Paolo Rossi, incarnation d’une bourgeoisie décadente, sa fille Fiora au destin tragique, ou encore la fragile Joanna Almiranti, dont les stigmates paraissent annonciateurs des plaies sociétales de son temps. Au-dessus de ces tragédies, les ombres de fantômes bien étranges planent à la manière d’un Ariel shakespearien.

Les véritables ordonnateurs du chaos ?